Cet article analyse la reconfiguration des frontières migratoires en Méditerranée à travers le recours inédit à des « navires-quarantaine » pendant la pandémie de COVID-19. La crise sanitaire a servi de catalyseur pour répliquer le déploiement de dispositifs d’exception vus ailleurs, où le confinement maritime devient un outil central de la gouvernance migratoire. Cet article mobilise la notion de « suspension » de la mobilité, comprise à la fois comme rupture et comme frontière, pour redéfinir les géographies politiques des pratiques de contrôle étatiques. Sur le plan théorique, l’étude s’appuie la mobilisation de la philosophie politique et de la notion de « chiasme », mobilisée comme dispositif heuristique pour analyser la tension entre mobilité et immobilisation, tout en proposant une comparaison internationale (Italie, Malte, Royaume-Uni, États-Unis, Australie). L’analyse empirique croise données institutionnelles, textes juridiques et récits publics, afin de saisir l’articulation entre urgence sanitaire, sécurisation et narrations politiques. Les résultats révèlent que l’Italie a transformé la mer en espace de confinement provisoire, en externalisant les fonctions d’accueil et de triage sur des navires, devenus plateformes flottantes. Ce modèle, bien que présenté comme temporaire, a généré des coûts élevés, provoqué des tensions juridiques et produit une symbolique sécuritaire importante. L’article conclut que la « maritimisation » de la frontière, inscrite dans une généalogie globale d’externalisation, interroge profondément l’équilibre entre souveraineté, sécurité et droits fondamentaux, faisant de la Méditerranée un laboratoire critique de la géopolitique contemporaine des mobilités.
Navires, confinement et souveraineté à l’épreuve du COVID-19 : une géographie comparée des dispositifs de suspension de la mobilité
Enrico Nicosia;Giovanni Messina;Giuseppe Terranova
2026-01-01
Abstract
Cet article analyse la reconfiguration des frontières migratoires en Méditerranée à travers le recours inédit à des « navires-quarantaine » pendant la pandémie de COVID-19. La crise sanitaire a servi de catalyseur pour répliquer le déploiement de dispositifs d’exception vus ailleurs, où le confinement maritime devient un outil central de la gouvernance migratoire. Cet article mobilise la notion de « suspension » de la mobilité, comprise à la fois comme rupture et comme frontière, pour redéfinir les géographies politiques des pratiques de contrôle étatiques. Sur le plan théorique, l’étude s’appuie la mobilisation de la philosophie politique et de la notion de « chiasme », mobilisée comme dispositif heuristique pour analyser la tension entre mobilité et immobilisation, tout en proposant une comparaison internationale (Italie, Malte, Royaume-Uni, États-Unis, Australie). L’analyse empirique croise données institutionnelles, textes juridiques et récits publics, afin de saisir l’articulation entre urgence sanitaire, sécurisation et narrations politiques. Les résultats révèlent que l’Italie a transformé la mer en espace de confinement provisoire, en externalisant les fonctions d’accueil et de triage sur des navires, devenus plateformes flottantes. Ce modèle, bien que présenté comme temporaire, a généré des coûts élevés, provoqué des tensions juridiques et produit une symbolique sécuritaire importante. L’article conclut que la « maritimisation » de la frontière, inscrite dans une généalogie globale d’externalisation, interroge profondément l’équilibre entre souveraineté, sécurité et droits fondamentaux, faisant de la Méditerranée un laboratoire critique de la géopolitique contemporaine des mobilités.Pubblicazioni consigliate
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